Chovavim : une période pour réparer (Rav Ariel FHIMA)

Qu’est-ce que les Chovavim ?

Les jours de Chovavim correspondent aux initiales des Parachiot lues chaque Chabbath : Chemot, Vaéra, Bo, Béchalah’, Ytro, Michpatim.

Les gens pieux ont l’habitude – dans une année embolismique qui compte un mois supplémentaire dans la période hivernale par rapport aux autres années – de jeûner 8 fois, tous les jeudis.

Ces jeûnes sont considérés comme des jeûnes volontaires. En revanche, il n’est pas nécessaire d’accepter ce jeûne sur soi la veille lors de la Téfila de Min’ha car ce sont des jeûnes fixés uniquement les années embolismiques. S’il y a 10 personnes qui jeûnent, on lira la Paracha habituellement lue les jours de jeûnes fixés par nos Sages.

Le principe du calcul de ces 8 jeûnes est le suivant : les gens pieux jeûnent chaque année régulièrement tous les lundis et jeudis entre le mois de ‘Hechvan et Yiar (soit 6 mois dans l’année) afin d’expier les fautes du peuple. Puisque dans une année embolismique il y a un mois supplémentaire, il aurait fallu jeûner tous les lundis et jeudis de ce mois, soit deux fois par semaine en plus. Mais afin de faciliter la pratique, les 8 jeûnes ont été répartis uniquement les jeudis.

La raison de ces 8 jeûnes est la suivante : afin que le peuple d’Israël se multiplie de plus en plus et qu’aucune femme ne fasse de fausses couches. C’est pour cela que ces jeûnes ont été instaurés le jeudi qui correspond au cinquième jour de la création où furent crées les poissons qui bénéficièrent de la bénédiction de « Pérou Ourvou » (« fructifiez et multipliez-vous »). L’ordre des jeûnes débute par la Paracha Chémot dans laquelle on cite : « Ainsi il (le peuple) est opprimé, ainsi il se multipliera et se développera », et se termine par la Paracha Tétsavé qui parle de la construction du tabernacle où Hachem résidera et bénira tout Son peuple.

Les jours de Chovavim sont propices à la réparation des fautes commises durant la jeunesse. En revanche, on ne jeûne pas si ce jour tombe un Roch ‘Hodech ou le 15 Chevat, dans ce cas précis le jeûne sera alors repoussé la semaine où on lit la Paracha Vayakel-Pékoudé et non pas la semaine de la Paracha Ki Tissa, car cette Paracha parle de la faute du veau d’or, et on ne mentionne pas une faute lors d’une d’action positive.

Le nombre 8 n’est pas anodin non plus, mais cela demande une explication car nous avons dis que ces jeûnes remplacent les jeûnes normalement pratiqués tous les lundis et jeudis. En effet, les jeûnes des lundis et jeudis viennent expier les fautes commises par manque d’assiduité pendant les Téfilot de Souccot (1erjour, 7ème jour et Chabbath ‘Hol Hamo’èd) et Pessa’h (1er jour, 7ème jour et Chabbath ‘Hol Hamo’èd), mais suite au mois supplémentaire, il manquerait 8 jours de jeûnes (2 par semaine) qui viennent alors expier les fautes commises lors de la fête de ‘Hanouka.

De nos jours, bien que ces jeûnes aient été institués uniquement lors d’une année embolismique, les gens pieux ont d’ores et déjà pris sur eux de jeûner même les années simples.

1. Le terme de « Chovavim », est constitué par les initiales des Parachiot de la Torah lues au cours de ces semaines : Chémot, Vaéra, Bo, Béchala’h, Yitro et Michpatim. Lors d’une année bissextile, on ajoute deux semaines : Terouma et Tétsavé, et cette période est alors nommée « Chovavim Tat ».

2. Les penseurs de la Kabbale dévoilent que les initiales des Parachiot de la semaine sont étroitement liées au verset : « Chouvou Banim Chovavim – Revenez, enfants rebelles », verset qui décrit l’appel du Saint béni soit-Il à Ses fils, le peuple juif, qui se sont égarés et ont fauté devant Lui. Le Saint béni soit-Il nous appelle et nous dit : « Revenez, enfants rebelles ! »

3. Les Sages de la Kabbale nous enseignent que cette période est particulièrement propice à la Téchouva, et à l’amélioration de nos actes. C’est une période au cours de laquelle le Juif a plus de force pour réparer les torts causés dans les mondes supérieurs par les fautes qu’il a commises.

4. Dans les livres saints, il est ramené des notions élevées sur la valeur de ces jours. Les Chovavim sont comparés aux 10 Jours de Pénitence, c’est une période où la prière est acceptée comme dans les 10 Jours de pénitence. La visée de ces jours est de parfaire les Midot, de sanctifier les sens, et de protéger l’homme de la tristesse, de la colère et de l’orgueil.

5. A Roch Hachana et Yom Kippour, nous déclarons : « La Téchouva, la Téfila et la Tsédaka adoucissent le jugement ». Pendant les jours de Chovavim, nous devons également recourir à ces trois moyens pour nous purifier.

6. La Téchouva, le repentir, inclut les jeûnes et les efforts investis dans l’étude de la Torah ; la Téfila : adresser une prière d’un cœur brisé au Créateur et multiplier la lecture des Psaumes ; la Tsédaka : donner davantage de dons que pendant le reste de l’année.

7. Dans le passé, un grand nombre de Juifs jeûnaient pendant ces jours de Chovavim. Certains jeûnaient toute la journée, du matin au soir, et à la tombée de la nuit, ils buvaient et mangeaient comme d’habitude, et le lendemain, ils reprenaient le jeûne, jour après jour, jusqu’à la fin de la période des Chovavim.

Cela fait déjà des centaines d’années que, d’après les grands Sages juifs, les nombreux jeûnes ne correspondent pas aux générations récentes, en ce qu’ils affaiblissent l’homme et perturbent le déroulement de sa journée, ce qui finit par porter atteinte à sa santé, à sa subsistance et à son étude de la Torah.

8. Le Gaon de Vilna explique que si l’on veut réparer ses fautes, on observera pendant les jours de Chovavim un jeûne de la parole. A savoir : « On mangera et on boira comme à son habitude, on priera et étudiera comme d’habitude, mais on prendra garde de ne pas prononcer de paroles futiles pendant la journée ». En un certain sens, la difficulté de s’empêcher totalement de parler d’autre chose que de Torah est plus difficile que de s’abstenir de nourriture et de boisson, et, par cette difficulté là, nous nous imposons des restrictions et réparons nos fautes, sans porter atteinte à notre santé et à notre programme journalier.

9. Voici ce dont les maîtres juifs avaient l’usage, dans les générations précédentes, pendant la période des Chovavim :

– certains jeûnaient tous les jeudis. Dans certaines communautés, l’usage est de jeûner une seule fois pendant toute la période des Chovavim.

– de nos jours, où la faiblesse est dominante et qu’il est difficile de jeûner, on a institué un « Séder Pidyion Ta’anit ». L’argent que l’on verse en échange du jeûne doit être distribué aux pauvres le jour-même.

– le pouvoir de la Tsédaka est très efficace, en particulier à cette période, et toute personne qui augmente ses dons sera comblée davantage depuis le Ciel.

– on ajoute des heures d’étude de la Torah pendant cette période. Une « session d’étude en continu » a été instituée, une étude de 4 ou 5 heures d’affilée sans pause.

– de même, il est louable de lire des Téhilim pendant les Chovavim. Dans certaines communautés, l’usage est de lire tout le livre des Téhilim vendredi soir, aux petites heures du matin, et certains le finissent pendant le Chabbath.

– certains s’engagent à un « jeûne de la parole », même un jour par semaine. Toute personne qui veille à s’abstenir de propos futiles en cette période procède à un Tikoun (réparation) de son âme. On peut s’engager à respecter un jeûne de la parole même pour une courte période de la journée, où on ne prononce que des propos de Torah, de prière ou de Brakhot.

– dans notre génération, les cours sur Yoré Déa (Choul’han Aroukh) sont très répandus. Des enseignants dispensent de tels cours dans presque toutes les villes. Le but est d’éveiller le public à respecter ces Mitsvot dans le détail.

10. Les efforts dans la Torah et le Tikoun des Chovavim trouvent leur source dans le cerveau. Le cerveau est déterminant en ce qu’il est responsable des choix de l’homme. Toute personne qui se consacre à la sagesse de la Torah chasse des pensées impures et procède à un Tikoun de son âme.